Le Burkina Faso a franchi ces dernières années des étapes significatives dans sa quête d’une gestion plus transparente des ressources publiques. Sous l’impulsion d’une volonté politique affichée, le pays a renforcé son arsenal institutionnel et juridique, faisant de la lutte contre la corruption une priorité nationale. Cette dynamique, saluée par les acteurs eux-mêmes, commence à produire des résultats concrets, même si des défis subsistent.
L’un des piliers de cette avancée réside dans le travail des institutions supérieures de contrôle, en particulier la Cour des comptes et l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC). Ces deux entités ont engagé un rapprochement inédit pour créer une synergie d’action, matérialisée par des journées de réflexion communes en mai 2025. « Seules une coordination accrue et une harmonisation de nos approches permettront de mieux prévenir les faits présomptifs de fautes de gestion », a souligné le contrôleur général d’État, Lassané Compaoré, lors de cette rencontre. Cette collaboration étroite vise à créer un environnement préventif et réactif face aux pratiques contraires à la saine gestion.
Les résultats sont tangibles et se traduisent par des sanctions effectives. L’année 2025 a été marquée par des arrêts de la Cour des comptes condamnant des responsables pour des fautes de gestion. L’affaire du Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou (SIAO) est emblématique : un ancien agent comptable a été condamné pour non-reversement de plus de 230 millions de FCFA, une affaire qui illustre la capacité des organes de contrôle à détecter et à sanctionner des irrégularités d’envergure. De même, deux anciens responsables du ministère des Droits humains ont été sanctionnés pour des manquements graves dans la gestion des marchés publics, démontrant que nul n’est au-dessus des règles.
Au-delà des sanctions, la transparence s’est renforcée avec la publication du rapport public annuel 2024 de la Cour des comptes. Ce document, remis au Président du Faso, est désormais accessible à tous les citoyens. Il dresse un état des lieux minutieux, identifiant les irrégularités dans divers secteurs comme la gestion des Centres de santé et de promotion sociale (CSPS) ou des entreprises publiques, et formule des recommandations pour y remédier. Le premier président e la Cour, Latin Poda, témoigne de ce changement de paradigme : « Ce qui se passait avant ne peut plus se faire aujourd’hui. Les gens se méfient de plus en plus quand ils manipulent les biens de l’Etat ».
Si les avancées sont indéniables, des défis demeurent. La Cour des comptes réclame une révision de sa loi organique pour renforcer les sanctions, jugées trop faibles face aux préjudices, et plaide pour des moyens humains et financiers accrus. Le chemin vers une gouvernance irréprochable est encore long, mais le Burkina Faso a incontestablement engagé une dynamique vertueuse qui porte ses fruits, en faisant de la redevabilité une exigence pour tous les gestionnaires publics.
Amen K.

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