Bahreïn – Afrique : Quand les terres africaines deviennent un enjeu stratégique de sécurité alimentaire

Face aux incertitudes des marchés internationaux et à la dépendance croissante aux importations alimentaires, le Royaume de Bahreïn pourrait trouver en Afrique un partenaire stratégique de premier plan. À travers des investissements agricoles, des transferts de technologies et des partenariats de production, une nouvelle dynamique de coopération Sud-Sud pourrait contribuer à sécuriser les approvisionnements bahreïnis tout en accélérant la transformation agricole du continent africain.

La sécurité alimentaire s’impose désormais comme une priorité stratégique pour de nombreux États. Entre les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les changements climatiques, les tensions géopolitiques et la volatilité des prix des denrées, garantir un accès régulier aux produits alimentaires est devenu un impératif économique et politique. Pour le Royaume de Bahreïn, cette préoccupation revêt une importance particulière. Disposant de ressources agricoles et hydriques limitées, l’archipel dépend fortement des importations pour satisfaire ses besoins alimentaires. Selon sa contribution climatique nationale (NDC 3.0), présentée en 2025, environ 90 % de ses besoins alimentaires sont couverts par les importations.

Dans ce contexte, l’Afrique apparaît comme un partenaire potentiel particulièrement intéressant. Doté d’importantes terres cultivables, de ressources hydriques dans plusieurs régions et d’une diversité de conditions agroécologiques, le continent possède des capacités de production encore insuffisamment exploitées. Mais ce potentiel nécessite des investissements conséquents dans la mécanisation, l’irrigation, les infrastructures de stockage, la transformation agroalimentaire et la logistique.

Pour Bahreïn, investir dans l’agriculture africaine pourrait représenter une stratégie de diversification de ses sources d’approvisionnement. Plutôt que de dépendre exclusivement des circuits commerciaux traditionnels, le Royaume pourrait participer au financement de projets agricoles structurants dans des pays africains présentant des avantages comparatifs dans certaines filières.

Les possibilités sont nombreuses : production céréalière, riziculture, cultures maraîchères, élevage, aquaculture, transformation du manioc, production d’huiles végétales et développement des chaînes de conservation alimentaire. Des partenariats de long terme pourraient également favoriser la construction d’entrepôts, de plateformes logistiques et d’unités agro-industrielles permettant de réduire les pertes après récolte.

Cette orientation pourrait s’appuyer sur l’expérience institutionnelle de Bahreïn en matière de sécurité alimentaire. En janvier 2026, l’entreprise bahreïnie Ghitha, relevant du fonds souverain Mumtalakat, a signé un protocole d’accord avec l’Autorité arabe pour l’investissement et le développement agricoles (AAAID). Cette coopération vise notamment à soutenir la production alimentaire, développer les réserves stratégiques et améliorer les circuits de distribution. Même si cet accord s’inscrit dans un cadre arabe, il illustre la volonté de Bahreïn de développer des partenariats structurés autour de la sécurité alimentaire.

Les pays du Sahel, notamment le Burkina Faso, le Mali et le Niger, pourraient explorer des partenariats dans les filières céréalières, l’élevage, les produits maraîchers et la transformation agroalimentaire. Les pays côtiers et ceux disposant d’importantes ressources agricoles pourraient, quant à eux, développer des projets dans le riz, les fruits tropicaux, les oléagineux et les produits halieutiques.

Toutefois, la réussite de cette coopération dépendra de ses modalités. Les investissements agricoles ne devraient pas se limiter à l’acquisition de terres ou à l’exportation de productions vers les marchés étrangers. Ils gagneraient à privilégier des coentreprises avec les acteurs locaux, la transformation sur place, le respect des droits fonciers, la protection des ressources naturelles et la priorité accordée aux besoins alimentaires des populations.

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