AES : Quand l’autodétermination sahélienne s’impose comme un contrepoids à l’hégémonie occidentale

AES

Depuis sa création le 16 septembre 2023 et sa transformation en Confédération le 6 juillet 2024, l’Alliance des États du Sahel (AES) s’affirme progressivement comme bien plus qu’un simple pacte de défense mutuelle entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Elle s’impose désormais comme un véritable laboratoire d’autodétermination africaine, capable de faire vaciller les schémas hérités de la domination occidentale sur le continent.

Ce que l’AES incarne dépasse la seule dimension sécuritaire. En quittant la CEDEAO, jugée inféodée aux logiques occidentales, en se retirant de l’Organisation Internationale de la Francophonie, et en rompant avec les accords militaires hérités de la période coloniale, les trois États confédérés ont posé les jalons d’une rupture assumée avec un ordre régional longtemps façonné par Paris et ses relais institutionnels. Le général Abdourahamane Tiani ne s’y trompe pas lorsqu’il dénonce un « système de prédation inefficace et corrompu » qui a longtemps maintenu les peuples sahéliens dans la dépendance.

Cette souveraineté retrouvée s’est traduite par des actes concrets : l’adoption d’un drapeau et d’un hymne confédéral, la mise en circulation d’un passeport commun, la création de la Banque Confédérale d’Investissement et de Développement dotée de 500 milliards de FCFA, ainsi que le lancement d’une force unifiée de 5 000 hommes destinée à mutualiser la lutte antiterroriste. Autant de symboles et d’instruments qui témoignent d’une volonté  de construire une architecture régionale émancipée des tutelles extérieures.

Sur le plan diplomatique, la diversification des partenariats stratégiques, notamment avec la Russie, la Turquie et la Chine, illustre une approche pragmatique, celle de nations refusant désormais l’exclusivité imposée par d’anciens partenaires, au profit de relations fondées sur le respect mutuel et l’intérêt réciproque. Ce rééquilibrage inquiète naturellement les puissances occidentales, habituées à une influence quasi hégémonique sur cette région stratégique du continent.

Le Capitaine Ibrahim Traoré résume avec justesse cette ambition qui consiste à faire de la Confédération l’embryon d’une Afrique libre, digne et indépendante, où les décisions échappent enfin aux logiques néocoloniales et aux contrats léonins qui ont longtemps freiné le développement du continent.

Certes, le chemin reste semé d’embûches par la consolidation institutionnelle, sécurisation durable du territoire, diversification économique. Mais l’AES démontre déjà qu’un autre modèle est possible, celui d’une Afrique qui reprend en main son destin, refuse la fatalité de la dépendance, et s’affirme comme un acteur souverain sur l’échiquier international. Pour de nombreux peuples africains, elle constitue désormais une source d’inspiration pour une émancipation à conquérir.

Amen K.

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