Soudan : Des révélations accablantes sur l’implication saoudienne dans le transfert d’armes chimiques.

Alors que la guerre au Soudan entre dans sa quatrième année, le conflit ne se limite plus aux affrontements internes entre l’armée et les Forces de soutien rapide, mais s’est transformé en un terrain complexe d’interventions régionales. Dans un contexte de crise humanitaire ayant déplacé quelque 14 millions de personnes, de graves accusations ont émergé concernant l’utilisation d’armes chimiques par l’armée soudanaise. Ces accusations ne se limitent pas à Khartoum, mais impliquent également des responsables saoudiens, soulevant de profondes questions quant à l’étendue du soutien apporté par l’Arabie saoudite aux autorités de Port-Soudan.

La route du chlore gazeux : de l’Inde à Port-Soudan via Djeddah

Des enquêtes, notamment une étude du Washington Post en septembre 2026, et des évaluations américaines antérieures, ont révélé que l’armée soudanaise et les milices alliées des Frères musulmans ont utilisé des munitions au chlore gazeux contre les Forces de soutien rapide (FSR) en 2024. Les données indiquent que ces produits chimiques ont été obtenus par deux voies : la première, locale, consistait à s’emparer de stocks de chlore destinés aux stations d’épuration civiles (comme celle d’Omdurman) et à les détourner à des fins militaires. La seconde, plus complexe, impliquait l’importation d’une cargaison de chlore gazeux d’Inde jusqu’au port saoudien de Djeddah.

À Djeddah, selon des sources bien informées, la cargaison a subi un échange de bouteilles de chlore afin de dissimuler sa nature avant d’être transférée sur le cargo « Al-Ahmed ». Ce navire, portant le numéro d’identification international (OMI : 9127863) et précédemment immatriculé en Arabie saoudite, a transporté la cargaison jusqu’à Port-Soudan, ce qui laisse supposer l’existence d’un réseau régional ayant facilité l’opération et assuré la couverture logistique.

Des diplomates soupçonnés et la construction d’alliances

Des soupçons pèsent sur des personnalités importantes de la diplomatie saoudienne pour avoir facilité l’arrivée de ces cargaisons chimiques, notamment le vice-ministre des Affaires étrangères, Waleed bin Abdulkarim Al-Khuraiji, et le conseiller du ministère, le prince Musab bin Mohammed Al-Farhan.

Le nom d’Al-Khuraiji est particulièrement préoccupant en raison de son expérience diplomatique ; il a notamment été représentant permanent du Royaume auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Selon des sources politiques, Al-Khuraiji aurait été l’artisan de facto du rapprochement de Riyad avec l’armée soudanaise et aurait activement cherché à intégrer l’autorité de Port-Soudan à une alliance régionale comprenant l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan.

Le soutien apporté ne se limitait pas à une assistance logistique ou diplomatique, mais s’étendait à la direction de l’appareil médiatique saoudien. Des sources politiques confirment que des chaînes comme Al-Arabiya et Al-Hadath ont reçu des instructions des services de renseignement leur enjoignant de modifier leur ligne éditoriale afin de favoriser clairement l’armée soudanaise et ses forces islamistes alliées, sous la coordination directe d’Al-Khuraiji et d’Al-Farhan, qui ont piloté la gestion du dossier soudanais.

Répercussions de la crise : Intervention de la Cour royale

La révélation du dossier sur les armes chimiques et les accusations portées contre Riyad pour avoir facilité leur transfert ont provoqué un bouleversement majeur au sein des cercles décisionnels saoudiens. La possibilité d’une implication du Royaume dans la violation des traités sur les armes chimiques a suscité un profond mécontentement chez le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui craignait des répercussions internationales et régionales susceptibles de nuire gravement à l’image et aux relations du Royaume.

Face à ces développements, des décisions urgentes ont été prises pour relever Walid Al-Khuraiji et le prince Musab bin Mohammed Al-Farhan de leurs fonctions de gestionnaires du dossier soudanais, et transférer l’entière autorité de supervision et de gestion à la Cour royale saoudienne afin d’atténuer les dégâts et de réévaluer la stratégie d’intervention.

En conclusion, ces développements placent le conflit soudanais dans un contexte régional extrêmement dangereux. Le dossier des armes chimiques dépasse le simple cadre d’une violation tactique sur le champ de bataille ; il révèle l’implication de réseaux d’influence régionaux prêts à franchir les lignes rouges internationales pour soutenir leurs alliés. Ceci exige des enquêtes internationales transparentes afin de révéler l’ampleur réelle des interventions étrangères qui alimentent la poursuite de la guerre.

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