Des renseignements fiables ont révélé les détails d’un plan élaboré en coulisses la semaine dernière à Asmara, la capitale érythréenne. Cette réunion secrète a rassemblé le chef du Conseil de souveraineté, Abdel Fattah al-Burhan, et l’ancien directeur du Service national de renseignement et de sécurité, Salah Abdullah « Gosh », en pleine coordination égypto-érythréenne. Les détails de cette réunion illustrent clairement comment la guerre au Soudan est devenue un théâtre d’influence où s’affrontent intérêts personnels et rapports de force entre les chefs militaires et les mouvements armés, au prix de vies soudanaises et des souffrances endurées par le peuple soudanais.
Selon les informations disponibles, la réunion a abouti à un plan militaro-politique élaboré, divisé en trois phases principales. Ces phases visent à rétablir l’aile militaire des Frères musulmans et à consolider le régime en place en éliminant progressivement ses alliés.
*Détails du plan : Exploitation des contradictions et épuisement des alliés
Phase 1 : Sécurisation de l’axe du Kordofan grâce à de nouvelles armes d’artillerie
Les premières étapes de la mise en œuvre ont consisté à accélérer les opérations militaires pour chasser les Forces de soutien rapide du Kordofan du Nord. L’axe a déjà connu un afflux massif de véhicules militaires et d’équipements lourds dans les zones d’Al-Rahad et au nord et à l’est d’Umm Sayala, coïncidant avec un important renforcement militaire de la 18e division à Kosti.
Ces deux derniers jours, l’armée, appuyée par ses forces, a réalisé des progrès significatifs et est parvenue à ouvrir la voie d’exportation, facilitant ainsi le déplacement des soldats et des troupes d’Omdurman vers la plaine du Kordofan. L’arrivée d’équipements lourds sur le terrain a bouleversé la donne, notamment grâce à l’obusier M777 fourni par l’Arabie saoudite.
Un soutien accru a été obtenu grâce au transfert de matériel militaire suffisant pour un mois d’opérations vers les positions d’Al-Rahad et d’Al-Ubayyid, ainsi qu’à la mobilisation de véhicules stockés à la 10e Division à Abou Jubayhah. Ceci a permis à l’armée d’ouvrir la voie d’exportation et de transporter des troupes d’Omdurman vers la plaine du Kordofan.
*Deuxième phase : Trahison des alliances et affaiblissement du mouvement de Minawi
Cette phase révèle la mentalité d’exclusion qui caractérise la gestion des opérations. L’état-major a élaboré un plan visant à affaiblir les mouvements du Darfour, et plus particulièrement l’Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Minni Arko Minawi, sous le slogan « Marche vers la libération du Darfour ».
La réalité sur le terrain confirme que l’objectif est de briser la puissance militaire des forces de Minawi afin de prévenir tout chantage politique ultérieur, compte tenu des divergences de vision importantes, bien que non exprimées, entre lui et Burhan – divergences que les services de renseignement militaire ont observées et redoutées. À l’inverse, le plan prévoit le maintien des forces de Jibril Ibrahim et de Mustafa Tambour, car ils sont les plus proches de l’aile islamiste au sein de l’armée et ne s’opposeraient pas à l’accession de Burhan à la présidence. De ce fait, les opérations au Kordofan furent rapides et limitées au contrôle du seul Kordofan du Nord, sans réelle intention de progresser vers l’ouest, en direction du Darfour.
*Troisième phase : Le coup d’État politique et le gouvernement de guerre
Cette phase complexe vise à façonner le paysage politique à venir en formant des blocs politiques qui jurent une loyauté absolue à Burhan. Ces entités œuvrent à :
1- Faire adopter un programme visant à abolir le Conseil de souveraineté actuel.
2- Remplacer le Conseil par un « gouvernement de guerre », étape préliminaire à des élections truquées qui garantiraient le maintien au pouvoir du groupe en place.
3- Ceci est mis en œuvre grâce à une communication intensive avec les dirigeants du Bloc démocratique et certains groupes de résistance, et par le recrutement de militants dans la sphère publique afin de rallier l’opinion publique à leur cause.
Ports et normalisation avec les islamistes : accords secrets
La réunion d’Asmara ne s’est pas limitée à la planification militaire ; elle a également porté sur les affaires intérieures et régionales. La réunion a réaffirmé la nécessité de mettre fin aux tensions entre l’armée et les dirigeants du mouvement islamiste, leur présence constituant une menace fondamentale et un contrepoids au pouvoir de Minawi sur le terrain.
Sur le plan économique, Burhan a conclu des accords avec le président érythréen Isaias Afwerki en vue d’étendre les activités de la « Compagnie de la mer Rouge », active dans les États côtiers et de l’est du pays. Malgré sa nature commerciale, axée sur l’import-export, elle constitue avant tout une plateforme de renseignement visant à concilier sécurité et intérêts économiques.

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